Académie – Visite de la ferme de Rettemoy

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29 Juil 2025

Présentation de la ferme de Rettemoy

Dans le cadre du Cursus de l’Académie Regenacterre, nous sommes parti deux jours dans le nord de la France à la rencontre d’exploitations aux systèmes inspirants avec des conditions climatiques et pédologiques proches de ce que l’on connaît en Belgique.

Benoît Guilbert est installé depuis 5 ans et fait partie de la 3e génération d’agriculteur de la famille. La ferme est isolée à Bucquoy entourée de ses propres parcelles — un atout majeur pour une approche systémique agroécologique. Ses grands-parents avait de l’élevage bovin et cultures de maïs avec travail du sol traditionnel (labour). Ses parents avaient un élevage ovin et ont adapté le travail du sol en TCS pour optimiser les passages. Aujourd’hui, Benoît a réalisé un passage progressif vers un système en strip-till et en semis direct, axé sur la vie du sol. Après quelques échecs rencontré, il a fait le compromis d’un léger travail du sol pour s’assurer la réussite de ses cultures.

Les valeurs de la ferme de Rettemoy

Non-labour généralisé, semis directs depuis 2015 (céréales, colza, couverts) avec quelques échecs l’ayant amené à passer à un système hybride strip-till – semis direct.

La biodiversité à une place centrale sur l’exploitation :

  • Développement de haies, bandes fleuries, miscanthus
  • Favoriser les auxiliaires (buses, renards…) → régulation naturelle des mulots
  • Volonté affirmée de restaurer une chaîne alimentaire fonctionnelle

L’importance de communiquer sur ses pratiques

L’exploitant très engagé dans la communication agricole. Benoît est actif sur les réseaux sociaux, organisation de visites, création de contenus (vidéos). Il est membre de l’association « Pour une agriculture du vivant ». Il apprécie le dialogue entre agriculteurs mais aussi avec d’autres profils (techniciens, consommateurs, etc.) et est convaincu que la prise de parole des agriculteurs est essentielle pour reprendre la main sur la perception du métier.

Caractéristiques de l'exploitation

Rotation :

  • Lin textile
  • Pomme de terre
  • Betteraves
  • Céréales d’hiver
  • Colza
  • Pavot (depuis 2 ans – marché de niche en lien avec une entreprise française)

Pas d’assolement figé : raisonnement annuel en fonction des conditions, des opportunités et de la structure des sols

 

Diversification :

  • Production de bois de chauffage
  • Collecte de céréales pour lui et d’autres agriculteurs
  • Miscanthus (paillage, litière, jardinage) sur bandes permanentes

 

Type de sol et stratégie de fertilisation

Taux de matière organique variable de 1,8 % à 2,5 % avec l’objectif d’atteindre les 3%. Accès à l’irrigation, mais cherche à réduire la consommation d’eau via l’augmentation de MO.

Stratégie fertilisation :

  • Réduction du minéral
  • Apport croissant de matières organiques animales
  • Utilisation des végétaux produits sur place (engrais verts)

Semis des couverts sous la barre de coupe de la moissonneuse

Une stratégie systémique : du végétal partout
L’agriculteur est convaincu que le végétal est la clé du fonctionnement de son système. Il cherche à couvrir ses sols en permanence, quitte à y consacrer un budget important. L’objectif est clair : soutenir la vie biologique, réguler les adventices, améliorer la structure, favoriser la minéralisation, et maintenir l’humidité.

Semis sous la coupe au moment de la moisson 

  • Équipement : semoir APV monté sur la barre de coupe de la moissonneuse
  • Fonctionnement :
  • Les graines tombent directement au sol lors de la moisson
  • La paille est restituée, conservant la fraîcheur et favorisant la germination
  • Réglage de la coupe :
  • Hauteur de 20 cm : compromis entre lumière, couverture du sol et prédation des ravageurs (buses, rapaces)
  • Capacité : 240 kg de semence = environ 24 ha à 10 kg/ha

Exemple concret

En 2024, semis d’un couvert composé de phacélie, niger et d’une crucifère le 7 juillet a produit 3 tonnes de matières sèche au 15 août, avant l’implantation du colza.

Cette technique permet : 

  • Aucun passage supplémentaire
  • Pas de GNR, pas de chauffeur, pas d’usure
  • Implantation optimisée des couverts d’été

 

Mise en place de deux APV sur la barre de coupe de la moissonneuse. Les semences sont placées au sol juste avant le broyage des pailles par dessus.

Itinéraire technique pour betteraves en strip-till

Succession des opération de la moisson au semis de la betterave : 

  • 1er couvert : implantation sous la barre de coupe de la moissonneuse
  • Strip-till dans le couvert avec :
    • Dent de fissuration à 25 cm
    • Chasse-débris pour dégager la ligne de semis future
  • Second couvert en septembre :
    • Sur l’inter-rang : avoine → couverture hivernale
    • Sur la ligne de betterave (zone fissurée) : féverole, pois, vesce → apport N et maintien de structure
    • But recherché : favoriser la dégradation progressive, et éviter la faim d’azote au semis
  • Possibilité de passage intermédiaire au glyphosate si salissement post-moisson
  • Destruction hivernale naturelle des couverts par le gel
  • Reprise au Roll’n’sem ou au glyphosate
  • Second passage du strip-till avant l’implantation betterave au printemps

 

Points techniques :

  • Rôle de l’avoine : pousse vigoureuse en hiver, mais peut gêner la reprise mécanique si elle n’est pas bien positionnée (bourrage). Le but est de la placer sur l’inter rang également à l’avenir.
  • Roll’n’sem :
    • Outil polyvalent utilisé comme désherbage mécanique
    • Fait office de faux-semis, peut être adapté au binage sur 45 cm
    • Apporte une stimulation de minéralisation
  • Localisation d’azote sur la ligne :
    • Sécurise la levée de la betterave
    • Moins nécessaire si le couvert a bien été dégradé en amont

Limite actuelle : le système reste encore partiellement dépendant du glyphosate, bien que des alternatives mécaniques soient testées et intégrées.

 

Ci-dessous une illustration du Roll’n’sem

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