Alternatives aux pesticides : aux EGPC, Luc Joris a rappelé que la transition est déjà en marche

Articles
26 Mai 2026

Lors de la restitution des États Généraux de la Protection des Cultures à Gembloux, l’intervention de Luc Joris, agriculteur à la ferme de Géronvillers, a particulièrement marqué la salle.

Son exposé sur la production intégrée des cultures grâce à l’agriculture régénératrice a été aussi captivant qu’applaudi. Pourquoi ? Parce qu’il ne parlait ni théorie, ni promesse.

Il montrait simplement, photos, chiffres et résultats à l’appui, que certaines alternatives aux pesticides fonctionnent déjà sur des fermes wallonnes.

Son message était clair : la technique agricole est déjà là. Le vrai enjeu est de la travailler à l’échelle du système.

Passer d’une logique “technique” à une logique “système”

Depuis 2017, Luc Joris fait évoluer progressivement son exploitation vers un système plus autonome, plus résilient et moins dépendant des intrants.

Le déclic a été un épisode d’érosion particulièrement violent. Après de fortes pluies, plusieurs tonnes de terre ont quitté les parcelles pour finir dans le village en contrebas. Une évidence s’est imposée : le problème ne venait pas d’un seul élément, mais de l’équilibre global du système.

La réponse n’a donc pas été une solution miracle.

Elle a consisté à combiner progressivement plusieurs leviers agronomiques :

  • diversification des rotations ;
  • retour de cultures de printemps ;
  • couverts végétaux ;
  • réduction du travail du sol ;
  • associations culturales ;
  • nutrition fine des plantes ;
  • analyses de sols et de plantes ;
  • biostimulation ;
  • aménagements anti-érosion ;
  • travail collectif entre agriculteurs.

Le point central de sa présentation était là : un levier isolé ne suffit pas.

Le pragmatisme, ce n’est pas tester une technique seule dans son coin. C’est observer comment plusieurs leviers interagissent à l’échelle réelle de la ferme.

Les alternatives aux pesticides reposent d’abord sur la prévention

L’un des messages les plus forts de l’intervention concernait la prévention.

Quand les sols fonctionnent mieux, que les rotations sont diversifiées et que les plantes sont correctement nourries, les cultures deviennent naturellement plus robustes.

Le besoin d’intervention diminue alors progressivement.

Sur certaines parcelles, les insecticides ont disparu. Le colza est conduit avec des plantes compagnes. Les couverts produisent plusieurs tonnes de biomasse et participent activement à la fertilité du système.

L’objectif n’est pas de supprimer tout intrant du jour au lendemain. L’objectif est de réduire progressivement la sensibilité du système.

Les alternatives aux pesticides ne reposent donc pas uniquement sur le remplacement d’un produit par un autre, mais sur une approche agronomique globale et cohérente.

Et économiquement, ça fonctionne

C’est probablement ce qui a le plus marqué la salle.

La transition mise en place à Géronvillers n’a pas fragilisé la ferme. Elle a contribué à renforcer sa robustesse économique :

  • réduction de certaines charges ;
  • moindre dépendance aux intrants ;
  • meilleure résilience face aux aléas ;
  • cohérence globale du système.

Le message était simple : la transition ne peut avancer durablement que si elle assure aussi la viabilité économique des fermes.

Conseil agricole, collectif et filières jouent un rôle clé

Luc Joris a également insisté sur l’importance du collectif, du partage d’expérience, de la formation, des filières et de l’accompagnement stratégique.

Face à la complexité des transitions, les échanges entre agriculteurs, les références de terrain et le conseil stratégique individuel jouent un rôle clé pour accélérer les apprentissages et sécuriser les changements.

C’est aussi le message porté dans la note collective publiée récemment par Regenacterre, la FWA, SYTRA et plusieurs organisations partenaires : si l’on veut réduire durablement la dépendance aux pesticides, l’agriculteur ne peut pas porter seul le risque du changement.

Les EGPC ont permis de dresser un état des lieux des alternatives disponibles.

L’intervention de Luc Joris a rappelé autre chose : dans les champs aussi, la transition est déjà en cours.

CES ARTICLES POURRAIENT VOUS INTÉRESSER